Hiver 2018, avec mes chiens nous avons relié la plage d’Hendaye à celle de Banyuls durant la première tentative de traversée des Pyrénées en attelage. Jusque là, la seule trace connue datait de 1938 lorsque Paul-Émile Victor, Michel Perez et Jacques Flotard avaient réalisé une expérience similaire sur une portion des Alpes.


première traversée des Pyrénées avec les chiens


a été soutenue par les familles de Paul-Émile Victor, Michel Perez, Jacques Flotard, et les sponsors suivants :


Ou la « Transpyrénéenne avec les chiens »


À la page 173 de mon journal de 2008, j’avais écrit : « Lors de la descente du dernier col de la journée, je croise une personne avec un husky. […] la compagnie animale est quelque chose de formidable, et jamais plus je ne partirai sans un chien, un animal de bât ou autre. […] On ne peut pas se fâcher avec un animal, il n’est que de bonne compagnie, et c’est une présence rassurante […] »
Il se trouve que d’autres aventures sans animaux ont vu le jour entre temps, mais… 10 ans après ma première traversée des Pyrénées à pied, j’ai recommencé, enfin accompagné des chiens !

La Transalpes de 1938


Durant l’hiver 1937-1938, Paul-Émile Victor, accompagné de Michel Perez et du militaire Jacques Flotard, traversent le tiers de l’arc alpin, de Saint-Étienne de Tinée à Chamonix durant 3 semaines, du 16 février au 10 mars. Un attelage de 6 chiens du Groenland est utilisé et conduit en tandem comme il était de coutume, pour parcourir les 23 étapes souvent très courtes et techniques ; parfois allouées aux repos, entrainements, ou démonstrations diverses. Un col à 3000m est franchit en traineau, tandis que trains et véhicules sont utilisés dès que possible ; l’objectif de l’époque n’était pas « sportif ».


Selon un courrier de PEV daté au 11 décembre 1937, les objectifs de cette expédition étaient d’explorer les capacités des chiens de traineau en montagne : « moyen de secours » ; « but militaire » ; « comme nouveau sport d’hiver » ; « éventuellement, comme sport de compétition, comme cela se pratique déjà au Canada ». Par rapport à la correspondance que PEV entretenait avec le capitaine Pourchier (commandant de l’EMHM), il semblerait que le but principal était tout de même à caractère militaire.


Malgré le succès de cette traversée, les solutions trouvées à l’époque tombèrent aux oubliettes face aux nouvelles technologies de la seconde guerre mondiale, et PEV fût retenu par l’Histoire « uniquement » comme un explorateur polaire.


Le flambeau a été transmis à leurs descendants directs, qui nous ont soutenus et nous ont aidés !

Le 6 juin 2014, le lendemain de la montée au refuge du Pinet, les 6 premiers 3000 mètres sont gravis avec David Marfaing et Pierre Drouilhet. Il s’agit des seuls sommets ariégeois dépassant cette altitude ; dès le lendemain, il faudra marcher plusieurs jours pour rallier le secteur suivant dans le massif des Encantats.

Le 25 juin, l’arête des Salenques est parcourue avec Pierre dans des conditions quasi-hivernales et un équipement estival. La journée est interminable, mais il faut bien ça pour ajouter quelques côtes supplémentaires. L’hiver ne fait pourtant que commencer dans le plus grand secteur de 3000m (Aneto-Maladeta, 46 sommets)…

Le lendemain des Salenques, il faut repartir pour 2 petits sommets, comme après chaque journée et quelques soient les difficultés… Plusieurs jours de mauvais temps s’ensuivront, comme tant d’attentes dans ce voyage…

Mi-juillet, Didier Angelloz, guide alpin et ancien compagnon de cordée de Patrick Berhault, arrive pour une dizaine de jours, et emmène avec lui le soleil ! Une cinquantaine de sommets seront gravis en une semaine.

Au départ de Didier, plusieurs jours d’une météo exécrable mettent un nouveau coup de frein à la traversée.

Puis l’expédition reprend, quelques jours d’été permettent de boucler le grand secteur du luchonnais (44 sommets), celui du Bachimale et celui du Néouvielle.

Yannick, dit « le coach », qui m’a beaucoup aidé durant de longs mois de préparation, prend congé de la Bretagne pour me rejoindre une journée dans le massif du Néouvielle.

Après une pause salvatrice dans ce projet aux conditions remuantes, la traversée poursuit sa route dans le massif du mont Perdu et de Gavarnie : le soleil semble enfin s’installer durablement.

Christiane Bizeray, l’ancienne compagne de Patrick Berhault, abandonne quelques jours son Auvergne pour les Hautes-Pyrénées, et gravis un 3000m (le Taillon).

Le 31 août, j’enchaine seul dans la journée la totalité des sommets du Vignemale, soit 16 côtes. Il n’a fallu qu’une journée pour boucler ce secteur, le plus rapide ! À partir de là, il ne reste plus qu’un secteur et quelques jours sous le soleil…

Le 3 août, Didier Angelloz me rejoint de nouveau de bonne heure au refuge de Respumoso et nous filons gravir l’arête de Costerillou. Le 4 août, nous parcourons les crêtes des Frondellas et atteignons la 212ème et dernière cime (Frondella Occidentale)…

Le 5 août, je décolle du refuge de Respumoso une dernière fois accompagné de mon père, mon oncle Bernard et Didier. Nous gravissons le Balaïtous une seconde fois, et sommes rejoins au fil du parcours par des amis, de la famille… et des caméras. Je clôture définitivement le projet le soir, en arrivant directement chez moi en vélo (Bun).